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La Possibilité d’un/e ille

Je serais incapable de vous dire comment cela a commencé. Il n’y a jamais de point de départ précis pour ce genre d’idées. Il n’y a pas de génération spontanée d’idée qui ne vienne que d’une seule personne. Entre un road-trip en Norvège, des discussions à bâtons rompus avec Raya B’Dull (@Rayabi et Dear Chaos), des esquisses de personnages de romans et à force d’entendre tout et n’importe quoi sur la question du genre et des gender studies dans les médias par ceux qui gueulent le plus  fort, ça a fini par sortir:

Lors d’un projet commun avec Raya B’Dull, nous avons été amenés à développer le personnage de Cameron Parker.

Cameron Parker est un personnage d’une simplicité étonnante. Tellement simple que cela remet beaucoup de choses en question.

Cameron Parker est androgyne, l’être dual par définition. Masculin et Féminin, Homme et Femme. Cameron Parker est là, entre autres, pour interroger les autres personnages et donc les lecteurs, sur justement cette question du genre dont on nous rebat les oreilles en ce moment (et qui me passionne personnellement).

On entend de plus en plus souvent en ce moment les membres de partis de droites, de groupes religieux, nous balancer qu’on naît homme ou femme et puis c’est tout (pour ne pas dire amen). Soit Dieu en a décidé ainsi (ce qui est bien pratique, avouons-le), soit c’est de l’anthropologie chrétienne (la juxtaposition de ces deux mots provoque chez moi soit la nausée, soit des fou rires selon mon état de fatigue), soit c’est biologique.

Contre Dieu, je ne peux rien faire. Sauf que soit il est mort (Nietzsche), soit il était capable de ne créer que deux possibilités et rien entre deux du coup, Dieu avait soit un coup de mou, soit il a jamais été vraiment très doué créativement parlant et n’aurait jamais pu bosser sur Madison Avenue. Je rappelle que Don Draper n’est pas Dieu, dès fois que.

L’Anthropologie Chrétienne est aussi sérieuse qu’une licorne sirotant un diabolo grenadine sur le Trocadéro en compagnie de la fée clochette et du chapelier fou.

La biologie c’est plus facile. Des gens naissent avec les deux types d’organes sexuels. Des hommes naissent avec un utérus. Des femmes ont les chromosomes XY , des hommes les chromosomes XX. Bref on aimerait que ce soit simple et binaire ça ne l’est pas. Ça ne l’est jamais. (Voir: Anomalies Gonosomiques )

Il ne s’agit là que de biologie. Les choses sont plus compliquées que ca, parce qu’une personne n’est pas construite à sa naissance, et les gènes (même si on voudrait bien le croire) n’écrivent pas notre avenir. Tu peux être beau, riche, intelligent et te faire renverser par un bus demain (Et paf!). L’accident de bus, c’est pas tes gènes qui te l’ont transmis, fallait juste regarder avant de traverser. D’ailleurs:

“On ne naît pas femme, on le devient” Simone de Beauvoir , Le Deuxième Sexe

Oubliez Lady Gaga, personne n’est Born This Way. De la même façon, on ne naît pas homme, on le devient. Un être humain ça se construit, ça se fissure, ça se reconstruit, ça se redéfinit, avec son histoire personnelle, les épreuves qu’il traverse, le bain socio-culturel dans lequel il évolue.

Si on ne naît pas homme, si on ne naît pas femme, n’est il pas trop simpliste de s’imaginer que tout le monde devient soit homme, soit femme? Si déjà biologiquement c’est le bordel, j’ai du mal à m’imaginer que psychologiquement, sociologiquement et culturellement ce soit beaucoup plus simple. C’est sûr, il serait rassurant pour certains de pouvoir définir tout le monde. En général c’est rassurant pour tous ceux qui ont peur de la différence et de ce qu’ils ne comprennent pas de pouvoir classer les choses de manière binaire et de faire une séparation bien propre et nette (d’où le refuge derrière la religion, la notion elle aussi toute binaire de bien et de mal, de sain et de malsain, de moral et d’immoral).

Mais revenons à Cameron Parker.

Ce personnage étant totalement androgyne, il nous faut maintenant un moyen de pouvoir l’écrire. En français il n’existe que deux genres: le masculin et le féminin. Il et Elle. Je ne parle pas du On parce que c’est l’indéfini. Cameron Parker étant une personne, Il/Elle est défini/e. En allemand, en anglais, ils ont le neutre: Das et It. Mais le neutre c’est le non-genre. Cameron Parker est dual/le et non pas neutre. Ça ne convient pas non plus. En Australie ils ont créer le genre indéterminé sur les papiers d’identité. S’il s’agit d’une évolution considérable socialement,  le mot indéterminé ne me plaît pas:  il est une négation (oui je sais, je suis un chouilla difficile).

Notre langue elle même est binaire, c’est aussi pour cela que nous voyons le monde comme cela, de manière binaire. Il y a toujours la possibilité de n’écrire qu’avec des phrases ambigües. C’est un défi. Mais c’est un défi qui fait passer à côté du message.

Notre langue est binaire, certes, mais elle est vivante. Il ne tient qu’à nous de la faire évoluer, de lui ajouter des possibilités. La création linguistique d’un genre dual est quelque chose d’intéressant. Cela introduit l’idée que les personnes sont des êtres humains, à la fois complexes et simples. Cela casse aussi l’idée que l’on définit la femme par rapport à l’homme dans la société, et nous ferait réfléchir sur toutes les pratiques sexistes qui perdraient de leur sens. Cela casse aussi l’hétéronormativité et l’hétérocentrisme. S’il existe une autre possibilité que l’homme ou la femme, voire toute une autre palette de possibilités, il existe toute une autre palettes de sexualités. Je rêve sans doute, mais cela attaquerait aussi la notion de patriarcat…

Pour décrire Cameron Parker, le pronom personnel Ille sera utilisé (fusion de Il et de Elle). Les féminins et masculins des adjectifs, participe-passé et autres, seront juxtaposés avec des slashs. Les parenthèses : défini(e), sont utilisées pour donner la notion de “ou” et donc d’exclusion d’un ou de l’autre genre, plus la partie féminine est toujours enfermée et donc minorée. L’utilisation du slash: défini/e permet de montrer un parallélisme entre les genres, de les mettre au même niveau, de les fusionner, et donc de créer l’androgyne linguistiquement. S’ille est créé/e linguistiquement, il sera d’autant plus facile d’appréhender le fait que le monde n’est pas binaire, mais nuancé.

À utiliser et à répandre, pour faire avancer nos langues (C’est adaptable aux autres langues) et donc nos esprits.

Update du 23.11.2011 , 10h32: (Sur une idée de Raya B’Dull) , à la place du slash on peut aussi penser à utiliser le trait d’union : défini-e , pour lier les deux genres en un nouveau.

3 Réponses »

  1. Juste un coucou aujourd’hui… juste pour te dire que je ne t’ai pas oublié.

    J’espère que tout va bien pour toi.

    J’aime bien ce Ille… c’est une idée à creuser.

    Répondre
    • Je ne t’ai pas oubliée non plus.
      Tout va bien pour moi (je suis super occupé), et cette idée je compte bien la développer plus au fur et à mesure ;)

      Bonne journée, et j’espère aussi que tout va bien pour toi aussi!

      Répondre
      • T’en fais pas, tout va bien.
        Nous avons publié un second recueil de textes et images en faveur de l’association Rêves… je suis contente de voir que la souscription a bien marché.

        J’avais aimé voir que notre persévérance et vos participations avaient permis de réaliser le rêve d’une jeune demoiselle malade de 14 ans… Lequel réaliserons-nous cette fois ? Je ne sais. Mais je sais que c’est important pour eux de pouvoir encore rêver.

        Bises et belle journée à venir, Jim.

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